La part de l’étonnement dans l’intelligence économique.

L’intelligence économique est un ensemble de pratiques comme le dit Eric Delbecque dans une interview donnée à Ali Laïdi sur France 24 dans le magasine de l’intelligence économique (disponible sur Youtube).

Ces pratiques regroupent la veille, la protection et l’influence. Il s’agit donc de techniques qui peuvent être mises en oeuvre en s’appuyant sur des outils pratiques et des technologies.

La mise en oeuvre des techniques reposent sur des personnes et leurs comportements. Car, certains ajoutent que l’intelligence économique est aussi une attitude, un état d’esprit.

Le comportement peut être induit par des qualités intrinsèques à la personne, ses traits de caractères. La curiosité et la faculté de s’étonner (donc de s’interroger) paraissent indispensables à la mise en oeuvre de l’intelligence économique.

Exemple concret avec le contenu de ma boite à lettres, ce jour.

Ce document a été déposé par une personne dans d’autres boites à lettres du secteur. Village en périphérie d’une grande ville, une partie des habitants sont dans le village depuis des années. La population contient des familles jeunes et nombre de personnes plus âgées qui peuvent encore rester à domicile.

Ce document semble essayer d’activer deux leviers en zone rurale : la parade à l’insécurité et au cambriolage potentiel grâce à la vidéosurveillance, ainsi que la surveillance des animaux dans les champs par caméra.

De la curiosité et de l’étonnement.

Ou plutôt l’inverse ! L’étonnement puis la curiosité.

L’étonnement est la capacité de rester surpris par ce que l’on regarde, entend, touche, goute, sent. Ici, je m’étonne en regardant le document et quelques éléments de son contenu.

  • Le document est de mauvaise facture pour un document professionnel,
  • Couleurs ternes,
  • Coordonnées peu lisibles notamment l’adresse de contact (bleu sur fond vert),
  • Absence de coordonnées de domiciliation de l’entreprise (adresse postale, ville),
  • Une adresse de contact sur gmail,
  • Le mélange entre « vidéosurveillance » et « drones ». Ce dernier mot figure dans le nom de l’entreprise « Pro’drones ».

Et la curiosité ?

Elle est la suite logique de l’étonnement. Si des choses surprennent, peut-être est-ce utile d’aller faire quelques recherches. L’étonnement peut induire un doute. Le doute appelle des vérifications pour obtenir des éléments factuels pour lever le doute et obtenir des certitudes. Dans le cas présent, quelle certitude est recherchée ? Celle de lire un prospectus émanant d’une entreprise crédible. Et là, les outils de l’intelligence économique deviennent utiles.

Il s’agit donc d’exploiter ce qui est en notre possession pour trouver d’autres choses en se basant sur : nom d’entreprise, lieu, nom de la personne, numéro de téléphone, et surtout, numéro de SIRET.

SIRET : le numéro d’identification des activités

Commençons par le SIRET : 878 528 389. Les 5 derniers chiffres n’ont aucune utilité ici puisqu’ils sont attribués au numéro d’établissement (00017).

Le numéro de SIRET ne correspond à aucune entreprise immatriculée. La source officielle est complétée par une recherche sur d’autres sites spécialisés. Ainsi sur Societe.com, le message « aucun résultat trouvé » est renvoyé par le site web (https://www.societe.com/cgi-bin/search?champs=878528389).

La recherche du nom indiqué sur Dirigeant.com donne 148 résultats : aucun ne correspond à celui indiqué sur le document. Il est possible que ce nom ne soit que celui d’un commercial. Ce serait vrai si le document était représentatif d’une entreprise plus importante : ce qui n’est pas le cas. L’hypothèse la plus plausible est que l’entreprise est de taille modeste, voire très modeste et que le nom est celui du dirigeant.

L’incontournable Google !

La recherche de l’entreprise sur Google Maps donne des résultats troublants. Prod’drones laisse des traces jusqu’en 2020 (commentaires laissés par les utilisateurs). Mais sa localisation géographique n’est pas disponible.

https://www.google.fr/maps/place/PRO’DRONES/@48.4272555,-6.2803617,5.16z/data=!4m5!3m4!1s0x480871cf52e34d9f:0xb5048fa1dca3ec11!8m2!3d46.2192649!4d2.0517?hl=fr

De plus, l’activité est mentionnée comme « photographe aérien » et non « vidéo surveillance ». Enfin, un avis parle de matériel nautique (bateau) or, à proximité d’Angers, ce qui ressemble à la mer sur la photo n’existe pas.

Il n’y a pas que Google dans la vie : Les Pages Jaunes !

Toutes les entreprises ne sont pas sur Google ! Autre recherche sur un fondamental de la visibilité des entreprises sur internet : les pages jaunes. Deux recherches ont été faites : par activité, vidéo surveillance, photographie aérienne, puis par le nom de l’entreprise. Les deux recherches contiennent la localité indiquée sur le prospectus.

Là encore, rien de concluant : Pro’drones est introuvable, écrit de différentes façons. Aucun résultat pertinent avec drones, vision aérienne, photographe, vidéosurveillance, vidéo surveillance, vidéo surveillance installation..

L’hypothèse d’une activité fictive.

L’une des possibilités est que ce document oriente vers Pro’drones des personnes en recherche de solutions de sécurisation par la vidéo surveillance ou pour surveiller leurs animaux dans les champs. Pour faire le devis, il faut se déplacer chez les particuliers. C’est une opportunité pour entrer sur les terrains, les maisons et y recueillir des informations pertinentes en matière de contenu, valeur, géographie des lieux, occupants, présence d’animaux comme les chiens. C’est donc une façon de faire de la reconnaissance sans effraction puisque l’on vous donne accès aux lieux.

A ce stade, l’existence de Pro’drones et la légitimité de ses activités ne peuvent être démontrées de façon factuelle. Cela laisse donc la place à une déduction moins glamour : Pro’drones serait une couverture dans le but ultérieur possible de commettre des méfaits, en ayant tous les renseignements utiles pour minimiser les risques.

L’exploitation du renseignement.

A ce stade, l’étonnement et la curiosité me sont restés propres.

Le renseignement trouve aussi une utilité lorsqu’il est partagé. Cela a deux buts : permettre qu’il soit vérifier par autrui avec d’autres méthodes d’exploration, et partager des constats qui peuvent appeler à la mise en oeuvre de mesures de vigilance.

De ce fait, j’ai avisé mes voisins de mes doutes afin qu’ils soient prudents si jamais l’idée de contacter cette entreprise les avait tentés. Le champ du partage du renseignement est à géométrie variable. Chacun trouvera la définition du périmètre de diffusion qui lui convient, en fonction de sa perception de l’intérêt collectif qu’il y voit. La remontée du renseignement peut aller jusqu’aux services appropriés de l’État.


Ce cas concret rappelle plusieurs choses.

L’intelligence économique et ses techniques ne sont pas l’apanage des entreprises ou des organismes publics. Chacun peut les mettre en oeuvre.
Les techniques ne sont rien si les personnes qui les mettent en oeuvre, ne déploient pas d’autres caractéristiques comportementales adaptées, notamment l’étonnement et la curiosité.

L’étonnement (cette capacité a être surpris) conduit à la curiosité si l’étonnement appelle une question. Mobiliser des outils pratiques de recherche de données permet par les résultats obtenus de réponde à la question en obtenant des éléments factuels.

Ces renseignements obtenus, les déductions qui en résultent peuvent être partagées : étonnement et curiosité déversent leurs effets dans un périmètre défini par chacun, en fonction de l’intérêt collectif qu’il y voit.

La veille (passive) a été mise en oeuvre : vu du prospectus, examen et analyse de son contenu.
L’influence a été mise en oeuvre : par l’organisme qui a diffusé les prospectus dans le but de maximiser un retour de la part des prospects et d’en tirer un avantage.
La protection a été mise en oeuvre : après exploitation des renseignements, la diffusion du résultat de la veille et de son analyse est partagé pour augmenter le niveau de vigilance des acteurs.

Etonnement et curiosité, valables au niveau de l’individu dans sa mise en oeuvre personnelle de l’intelligence économique, ne peuvent que donner plus d’efficacité et de pertinence à l’I.E. lorsqu’elle est employée dans les entreprises et les organismes d’Etat : tous les individus au sein de ces organisations, avec leurs aptitudes à l’étonnement et à la curiosité démultiplient la puissance de l’I.E.

Le droit de réponse de l’organisme cité et exploré est acquis. Si les renseignements obtenus sont incomplets, l’organisme pourra les compléter avec des éléments factuels et sourcés, prouvant que les informations citées ici et relatives à l’existence même de l’organisme sont erronées.

#intelligence_économique #competitive_intelligence #veille #protection #videosurveillance #renseignement

Photo d’illustration libre de doit sur pexels.com. Artiste : Danne.
Image : https://www.pexels.com/fr-fr/photo/signalisation-de-danger-rester-en-arriere-555709/

2 commentaires sur “La part de l’étonnement dans l’intelligence économique.

  1. C’est vrai qu’en regardant le tract, je me suis fait les mêmes remarques,
    mais ce n’est parce qu’il y a des incohérences… que c’est pas très pro, où que l’on ne trouve pas dans la surinformation, qu’il n’y a pas une information pertinente (voir INFO dictat, Pascal Frion, éd. ACRIE).
    Et bien simplement sur google, avec les bons termes en ciblage, on trouve en moins de 5 min, la société créée en 2019, le SIRET est le bon, avec son adresse physique :
    https://www.verif.com/societe/LONGIN–WILLIAM-878528389/
    et la photo du « commercial », avec l’activité … aussi de nettoyage de toiture du monsieur 😉 … ou bien encore installation de spot et pose de plaques à induction
    https://www.allovoisins.com/p/williamlongin

    effectivement, comme l’indique un voisin, il est très polyvalent ;))

    avec un peu de temps en plus toujours sur google (la même recherche de base) :

    sa précédente entreprise SVIP, spécialisée dans la vidéo :
    https://edecideur.info/edecideur.php?q=197120141119lonwil-longin-william-president-4743z-80754774000017-svip-9-r-des-bleuets-49140-soucelles
    avec son année de naissance : 1971
    créée en 2014 et revendue en 2017, avec le CA :
    https://entreprises.lefigaro.fr/svip-49/entreprise-807547740

    p199, il est en déc 2021 enregistré au REPERTOIRE DES METIERS en micro-entrepreneur avec pour activités :
    « prises de vue aerienne nettoyage de toitures et de facades,
    installation de systemes de videosurveillances »

    Cliquer pour accéder à 64c884fd6e16355fdd54d107e36483ee.pdf

    il est en panne de voiture / garage de corzé en fév 2019…
    nouvelle photo :
    https://annuaire-garagiste.fr/86-vienne/corze/atelier-de-reparation-automobile/10282-garage-et-carrosserie-du-loir.html

    continue dans la toiture en 08/2022 : achète du fongistop (antimousse)
    https://fr.trustpilot.com/review/fongistop.fr

    18/7/2012 vice président du club de Rugby de Seiche sur le Loire
    source Courrier de l’Ouest

    https://www.facebook.com/william.longin.5/about
    certainement son profil face book… complément fermé… sauf qu’il aime le rugby …
    et on apprend qui a été diplômé en 1987 au lycée Chevrollier… c’est cohérent.

    J’aime

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire.
      Comme vous l’indiquez, le livre de Pascal Frion incite à se prémunir de la surinformation (si j’ai bien compris son ouvrage).
      A cette fin, j’ai évité les moteurs de recherche dont le bruit est (toujours) trop important. Je ne cherchais qu’à savoir si l’entreprise existe dans sa réalité. Le nom inscrit n’était qu’une autre clé de recherche si le SIREN ne fonctionnait pas.

      Mon article indique l’utilité de partager l’information pour la confronter à d’autres points de vue et il est parfait que vous ayez écrit avec tant de pertinence.

      Cela éclaire différemment les faits.
      J’ai parcouru avec intérêt les liens que vous avez joints, notamment le fichier .pdf accessible concernant les créations d’entreprises artisanales. Les autres sources (Figaro, Vérif, tout comme societe.com que j’ai utilisé) reprennent des informations disponibles ailleurs. A tel point que Verif renvoie à un code APE qui est différent de celui d’origine Z7420ZQ (NAFA source http://nafa.apcma.fr/jlbweb/jlbWeb?html=NAFA%2Faccueil).

      Où est le biais cognitif ? Je cherchais une entreprise immatriculée au RCS or l’entreprise est immatriculée au Registre des métiers et de l’artisanat.
      Ainsi, BODACC ne contient rien : certaines annonces commerciales sont volontaires de la part de l’entreprise.
      Suite à votre commentaire, j’ai appelé la représentation locale de la chambre des métiers : l’entreprise est bien immatriculée. même si la vérification est visiblement difficile (https://rnm.artisanat.fr/)

      J’ai effectué un autre recoupement sur le site de l’INSEE. Le site officiel indique que le numéro d’entreprise est valide, mais l’entreprise s’oppose à la diffusion des informations (« ses données ne peuvent être diffusées publiquement »).
      Source : https://avis-situation-sirene.insee.fr/

      Qu’en conclure ?
      Grâce à votre message, l’éclairage a permis d’orienter la recherche vers les métiers de l’artisanat. L’entreprise dispose bien d’une immatriculation.
      Si une transaction commerciale doit avoir lieu, le contrat est établi avec l’entreprise. C’est pourquoi, je n’ai pas cherché à explorer ce qui concerne la personne.
      Et à ce stade, il semble qu’une certaine opacité entoure l’entreprise qui ne rend pas publiques certaines des données la concernant.

      Si vous souhaitez compléter, n’hésitez pas à utiliser l’adresse mail disponible sur mon site internet.
      Cordialement,
      Arno Delanchy

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