Comment mes internautes laissent les cookies de mon site en mode actifs ?

A l’heure où la règlementation devient contraignante dans le but de protéger les données personnelles et la vie privée, le risque pour les entreprises détentrices de leur site internet est de ne plus avoir de données utiles à leurs activités, ou à leur chiffre d’affaires.

Ces données sont collectées en partie par le biais des cookies, ces petits gâteaux délicieux dont les sites internet regorgent. Ils sont sociologiquement vendu comme ayant la vertu « d’améliorer l’expérience client » lors de sa navigation (pour prendre une expression branchée des gens du domaine). Ils permettent aussi de savoir tout de votre navigation, vos centres d’intérêts, le temps passé sur une page, le clic vers une autre page du site, vers un autre site…

Mais voilà, ces mécanismes tellement utiles pour les affaires risquent de disparaître maintenant que l’internaute doit pouvoir avoir le choix de laisser examiner son surf en détail ou de passer inaperçu.

Plus de cookies, plus de données :
qu’allons-nous devenir ?

C’est la question qu’auraient pu se poser les éditeurs de sites web.

Le cas le plus défavorable est que l’internaute refuse tous les cookies.
Et ça, c’est vraiment « bad luck » !

Toute une partie d’informations pertinentes tombent aux oubliettes. Des revenus financiers s’évaporent aussi : les partenaires ne pourront pas bénéficier d’éléments utiles concernant le « surf » de l’internaute sur le site qu’il visite actuellement, ne reverseront pas un peu d’argent au détenteur du site et n’incrusteront pas leur publicité dans la page lue par l’internaute.

Le pire des scénario est que l’internaute refuse tous les cookies : plus de mesure, plus de recoupement d’informations, plus de revenus financiers liés à la captation et à la revente de données de navigation.

La loi permet aux internautes d’accepter ou de refuser les cookies. Il faut que la législation soit respectée. Et l’on sait qu’une part croissante d’internautes est de plus en plus sensible à l’utilisation inopportunes des données les concernant : une partie d’entre eux souhaite ne plus être « fliquée » et aurait tendance à rejeter les cookies en bloc.

Que faire pour continuer à maximiser les chances de garder les cookies actifs ?

Inutile de chercher très loin. Les nudges arrivent pour limiter les effets désastreux de la réglementation contraignante.

Qu’est-ce qu’un nudge ?

Le nudge est l’utilisation d’un biais cognitif pour faire adopter une attitude à quelqu’un, sans exercer de pression directe.

Les nudges trouvent leur utilité lorsque l’on veut faire changer de comportement un ou plusieurs individus.

Comment agit-il ?

L’Homme aime la facilité. C’est pour cela que les nudges fonctionnent. Dès lors que la pénibilité pour réaliser quelque chose augmente, l’arrivée d’un chemin « providentiel » plus facile est perçue comme une aubaine et agit comme biais cognitif.

Par exemple, si l’on veut promouvoir une alimentation moins grasse, moins sucrée ou salée, quand on dispose d’un linéaire de vente, on pourra placer les fruits et légumes de façon très accessible, et placer les aliments gras, sucrés et salés d’une manière plus difficile à atteindre. Ainsi, l’acheteur qui compose son panier, par un accès facilité aux produits qualifiés de plus sains, modifiera vraisemblablement son comportement alimentaire.

Le danger des nudges est que la règle qui est promue ne dépend pas des individus qui subissent les nudges, mais d’un ou plusieurs décideurs qui ont des objectifs. Ces objectifs peuvent ne pas être consensuels, dépendre du prosélytisme ambiant et du mainstream du moment, en d’autres termes, d’un intérêt particulier.

Dans notre cas, il s’agit d’amener l’utilisateur à laisser des cookies en place !

Mettre en œuvre les nudges et
garder les cookies au chaud.

Rien de plus simple !

Dans le cas de notre linéaire de vente, la pénibilité pour faire une action (aller chercher de la malbouffe) est liée au chemin à parcourir avec les bras et aux efforts engagés pour atteindre ce type d’alimentation. La facilité va être de prendre les aliments les plus accessibles. On met les aliments qualifiés de « plus sains » par le décideur, à un endroit plus accessible. Le nudge est en route.

Dans le cas de nos cookies, le chemin le plus facile correspondra à « ne pas emprunter le chemin plus difficile pour éliminer les cookies ». Il s’agit alors d’amener l’internaute à un renoncement, le renoncement de désactiver les cookies : il sera plus facile d’accepter les cookies que de chercher à les désactiver.

C’est un peu comme prendre le chemin goudronné (accepter les cookies) plutôt que la piste de montagne (désactiver les cookies).

Quand il faut 1 clic pour accepter les cookies, il vous en faudra nettement plus pour les enlever. Autant dire que la pénibilité conduira l’internaute à accepter les cookies plutôt qu’à les enlever. Cela est d’autant plus vrai qu’il doit faire la pénible manœuvre de suppression des cookies à chaque site qu’il visite !!!!

C’est gagné !

Le nudge fonctionne en totalité : la pénibilité pour retirer les cookies est telle que l’internaute préfère accepter les cookies, explicitement (clic sur « accepter ») ou implicitement (fermeture du pop-up).

Grâce aux nudges, la loi est respectée et la collecte de données relatives à la navigation de l’internaute continue à s’effectuer. En plus, l’internaute est d’accord ! Pas belle la vie ?!

La preuve avec les captures d’écran.

Tous les moyens sont bons pour parvenir au but. Les styles des propriétaires de site sont différents, et le degré d’engagement pour mettre en œuvre la loi est variable.

Il y a des détenteurs de site internet plutôt conciliants. En trois clics, vous aurez désactivé la totalité des cookies, soit 200% de plus que pour l’acceptation des cookies.

Pour d’autres, le nombre de clics est … incalculable. L’idée est de vous faire abandonner en cours de route, même si vous êtes un(e) acharné(e) de la protection des données personnelles.

Pour Le Figaro (https://www.lefigaro.fr/)

Ce sera 7 clics :

  • 1 pour accéder à la page de paramétrage,
  • 5 clics (1par gamme de cookies à retirer),
  • 1 pour enregistrer.

Par curiosité, déployez la catégorie « Sélection de publicités, diffusion et reporting ». Cela vous fera un effet « Wouah » !

Pour Canopé (https://www.reseau-canope.fr/)

Ce sera 3 clics :

  • 1 pour accéder au paramétrage,
  • 1 pour interdire tous les cookies,
  • 1 pour fermer le pop-up.

Pour Larousse (https://www.larousse.fr/)

Il faut être des experts en informatique. Dans sa bienveillance (Définition de bienveillance), Larousse nous renvoie aux dispositions techniques pour chaque navigateur avant de pouvoir accéder à la zone de désactivation des cookies. Et ce n’est pas fini : il faut ensuite aller dans le détail.

Pour Pole Emploi (lien internet accès candidat)

Ce sera 9 clics, mais il est vrai que les candidats ont du temps :-).

  • 1 clic pour accéder au paramétrage,
  • 8 clics (1 par catégorie de cookies)
  • 1 clic pour valider.

La DL2C (Date Limite de Consommation du Cookies, je viens de l’inventer) est mentionné dans cette page pour certains d’entre eux. Cela va jusque 350 jours pour certains, comme si il fallait pas dépasser une limite légale d’un an maxi.

Pour Société.com (https://www.societe.com/)

Il y a là une petite astuce subtile qui freine encore plus votre abnégation à renoncer aux cookies.

Le bouton pour « configurer » est situé à gauche de bandeau en bas de l’écran.

Souris à droite, regard à droite, pointeur au hasard sur l’écran, on ne perçoit immédiatement qu’un seul bouton car, à l’instar de tous les autres sites, les boutons de paramétrages sont à droite. Il faut avoir la volonté de chercher à gauche pour trouver le bouton de configuration des cookies.

Et cela ne s’arrête pas là. Il faut :

  • déplacer le pointeur à gauche de l’écran
  • 1 clic pour accéder à la configuration
  • 7 clics pour désactiver les cookies et l’idée astucieuse d’avoir ajouté la nécessité de scroller l’affichage dans le pop-up de configuration pour rendre la manoeuvre encore plus pénible,
  • 1 clic d’enregistrement

Il s’agit là d’un « must have » de la gestion des cookies.


Face à la pression de la législation en matière de protection des données personnelles, les éditeurs de sites Internet ont rencontré la problématique des cookies. L’enjeu pour eux est la perte d’une source de collecte d’informations. Or, la plupart des informations collectées le sont pour obtenir des revenus financiers.

Face à la perte potentielle de rentrées d’argent, les éditeurs de sites ont dû trouver une parade pour accroître la probabilité que l’internaute laisse les cookies actifs.

Les nudges entrent alors en jeu. L’internaute est un humain qui aspire à la facilité : rendre pénible la désactivation des cookies concoure à ce que l’internaute les laisse actifs.

Biais cognitif pour faire adopter un comportement à un individu sans le contraindre par la force, les nudges sont un outil pour amener l’internaute à ne pas désactiver les cookies.

Et ça marche ! Combien d’entre nous désactive systématiquement les cookies ?
Vos réponses en commentaires 🙂

Illustrations :
Photo Lisa Fotios from Pexels « macro-photography-of-pile-of-3-cookie« 
Photo pixabay sur Pexels.com « blur-close-up-court« 
Photo Grevin Kivi from Pexels « traffic light on red light« 
Photo Pixabay sur Pexels « booth-branding-business-buy« 
Photo Tom Swinnen from Pexels « person-hiking« 
Photo Ithmus sur Flickr.com « Szczecin 2015« -CC
Copies d’écran : Arno Delanchy
Le design des contenus d’écran appartient à leurs auteurs respectifs. La publication dans cet article est faite à titre d’illustration du propos et non dans le but de s’attribuer le titre d’auteur.

#nudge #cookies #internet #site #navigation #internaute

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